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𝗔 𝗕𝗥𝗨𝗫𝗘𝗟𝗟𝗘𝗦, 𝗟𝗘 𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧 𝗔 𝗟’𝗔𝗩𝗢𝗥𝗧𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗡’𝗘𝗦𝗧 𝗣𝗔𝗦 𝗔𝗧𝗧𝗔𝗤𝗨𝗘 𝗙𝗥𝗢𝗡𝗧𝗔𝗟𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧. 𝗜𝗟 𝗘𝗦𝗧 𝗖𝗢𝗡𝗧𝗢𝗨𝗥𝗡𝗘. 𝗘𝗥𝗢𝗗𝗘. 𝗙𝗥𝗔𝗚𝗜𝗟𝗜𝗦𝗘.

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𝗔 𝗕𝗥𝗨𝗫𝗘𝗟𝗟𝗘𝗦, 𝗟𝗘 𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧 𝗔 𝗟’𝗔𝗩𝗢𝗥𝗧𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗡’𝗘𝗦𝗧 𝗣𝗔𝗦 𝗔𝗧𝗧𝗔𝗤𝗨𝗘 𝗙𝗥𝗢𝗡𝗧𝗔𝗟𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧. 𝗜𝗟 𝗘𝗦𝗧 𝗖𝗢𝗡𝗧𝗢𝗨𝗥𝗡𝗘. 𝗘𝗥𝗢𝗗𝗘. 𝗙𝗥𝗔𝗚𝗜𝗟𝗜𝗦𝗘.

On aime croire que le droit à l’avortement est solidement installé en Europe. Une conquête devenue évidente. Intouchable.

C’est une illusion.

À Bruxelles, derrière les façades vitrées des institutions européennes, une bataille discrète s’organise. Elle ne se joue pas sur les plateaux de télévision ni dans les slogans spectaculaires. Elle avance autrement : réunions, financements, réseaux d’influence, stratégies patientes.

Silencieuse. Mais méthodique.


Une stratégie claire : investir la politique au nom du religieux


Fin septembre, la venue du prédicateur évangélique américain Franklin Graham à Bruxelles aurait pu passer pour un simple événement religieux. Officiellement, il s’agissait du Festival of Hope, un rassemblement spirituel ayant attiré près de 13 000 personnes.

En réalité, l’enjeu dépasse largement la dimension confessionnelle.

Franklin Graham, proche de Donald Trump, ne cache pas ses positions. Pour lui, l’avortement est un « meurtre ». Son engagement religieux s’inscrit dans une vision profondément politique du monde.

À Bruxelles, il ne se contente pas de prêcher.Il observe.Il teste un terrain.

Car l’objectif est clair : peser sur les normes européennes, influencer les débats publics, déplacer progressivement les lignes juridiques et culturelles.


Un réseau transnational solide et financé


Franklin Graham n’est qu’une figure visible d’un système beaucoup plus large. Derrière lui, on trouve un ensemble d’organisations structurées : think tanks conservateurs américains, réseaux catholiques militants, fondations idéologiques et relais politiques européens.

Un écosystème dense. Bien financé.

Entre 2019 et 2022, les financements destinés aux organisations opposées aux droits sexuels et reproductifs en Europe ont augmenté d’environ 25 %. Le montant atteint aujourd’hui près de 230 millions d’euros.


Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette dynamique :


  • L’Opus Dei, structure catholique conservatrice influente dans plusieurs pays européens.

  • Le Mathias Corvinus Collegium (MCC), proche du gouvernement de Viktor Orbán, très actif à Bruxelles sur les questions dites « pro-famille ».

  • La Heritage Foundation, pilier du conservatisme américain, qui multiplie les échanges avec certains eurodéputés.

  • Alliance Defending Freedom (ADF) International, organisation juridique ultra-conservatrice impliquée dans plusieurs batailles judiciaires sur les droits reproductifs.


La méthode est toujours la même.

On avance masqué.On se présente comme ONG, centre de recherche ou défenseur de la liberté religieuse.

Et derrière ce vernis respectable, un travail d’influence politique extrêmement ciblé.


Quand l’argent européen finance ses propres adversaires

Un élément rend la situation encore plus troublante.

Certaines de ces structures ont bénéficié de financements européens.

La World Youth Alliance, organisation américaine connue pour diffuser des informations trompeuses sur l’avortement et la fertilité, a ainsi reçu 1,2 million d’euros de la Commission européenne entre 2010 et 2023. Les financements n’ont été interrompus qu’après plusieurs alertes.

Ce cas révèle une faiblesse préoccupante.

Par manque de vigilance ou par naïveté institutionnelle, l’Union européenne peut parfois financer des organisations qui travaillent directement à affaiblir les valeurs qu’elle prétend défendre.


Le Parlement européen, nouveau terrain d’affrontement


La bataille se joue aussi dans l’arène politique.

En décembre dernier, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à garantir un accès « libre, égal et sûr » à l’avortement dans l’Union. Le texte a été adopté. Mais le vote a mis en lumière de fortes fractures.

Une partie significative du PPE a voté contre.Les groupes nationalistes et d’extrême droite s’y sont opposés.

Les arguments avancés sont connus : compétence nationale, déclin démographique, défense de la famille.

Derrière ces formulations se cache une stratégie plus subtile.Il ne s’agit pas toujours d’interdire frontalement.

Il s’agit d’éroder.

Multiplier les obstacles administratifs.Restreindre l’accès concret aux soins.Alimenter la désinformation.Faire pression politiquement.


La Pologne : un avertissement


La Pologne a montré la rapidité avec laquelle un droit peut disparaître.

En 2020, le gouvernement national-conservateur a instauré une interdiction quasi totale de l’avortement. Une décision prise malgré une mobilisation massive de la société civile.

Depuis, d’autres pays ont suivi une trajectoire plus discrète mais comparable.

En Hongrie et en Italie, les obstacles pratiques à l’accès à l’IVG se sont multipliés. Ce n’est pas toujours une interdiction juridique. Parfois c’est plus simple.

On rend l’accès impossible.


Une opinion publique favorable… mais dispersée


Le paradoxe est frappant.

Environ deux tiers des citoyens de l’Union européenne soutiennent le droit à l’avortement. L’initiative citoyenne européenne My Voice My Choice a franchi le seuil du million de signatures.

Et pourtant, cette majorité reste fragile.

Pourquoi ?

Parce qu’une opinion diffuse pèse souvent moins qu’un mouvement organisé. Les réseaux anti-avortement sont structurés, financés et idéologiquement cohérents.

Ils travaillent sur le long terme.


Une bataille culturelle avant tout

Pour Sophie in ’t Veld, ancienne eurodéputée européenne, le danger n’est pas immédiat mais structurel.

Personne ne peut aujourd’hui faire adopter une loi européenne interdisant l’IVG. Le cadre juridique ne le permet pas.

La stratégie est ailleurs.

Modifier le climat culturel.Normaliser certains discours.Déplacer progressivement le centre du débat.

Les conservateurs religieux l’ont compris depuis longtemps : les lois changent après les mentalités.

Jamais avant.


L’erreur américaine

Les États-Unis ont longtemps cru que le droit à l’avortement était irréversible. L’arrêt Roe v. Wade semblait gravé dans le marbre.

Il a été renversé.

L’Europe serait imprudente de penser qu’elle est immunisée contre ce type de basculement.

À Bruxelles, la bataille est déjà engagée. Elle se mène sans éclat médiatique, mais avec méthode, financement et patience.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le droit à l’avortement est attaqué.

La vraie question est plus simple.

Est-ce que l’Europe choisira de le défendre activement…ou de regarder ailleurs pendant qu’il s’effrite ?

Les droits des femmes ne deviennent jamais permanents.Ils tiennent parce qu’on les protège.

Et parce qu’on accepte de les défendre politiquement.

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